My absolute darling, de Gabriel Tallent (4/5)

Titre : My absolute darling
Auteur : Gabriel Tallent
Éditeur : Gallmeister
Date de publication : 1 mars 2018
Nombre de pages : 464

De quoi ça parle ?

À seulement 14 ans, Julia Alveston, que l’on appelle Turtle, est une force de la nature. Et pour cause, elle vit seule avec son père, un survivaliste qui lui impose un quotidien difficile. Persuadé que notre monde moderne va s’effondrer, il lui apprend à survivre en milieu hostile et à manier les armes avec sang-froid. Anna, sa professeure, s’inquiète de la voir grandir dans un tel environnement. Que fait cette jeune fille dans une maison aussi délabrée, auprès d’un homme qui juge que l’école est une perte de temps…
Derrière cette façade se cache une réalité plus dure encore : le père de Turtle, marqué par la mort de sa femme, est un homme dangereux. Sa fille, qu’il aime comme un fou, il ne veut pas seulement la protéger, il veut la posséder, la contrôler, quitte à lui faire subir une terrible violence physique et psychologique.
La rencontre avec Jacob, un lycéen enjoué, va ouvrir les yeux de Turle : il existe un monde en dehors de chez elle, un monde dont elle est privée. Mais comment se rebeller quand on a aucun autre point de repère ? Où trouver la force d’affronter ce père abusif ? La venue de Cayenne, une petite fille ramassée au bord de la route, pourrait bien être le déclic dont elle avait besoin pour gagner sa liberté. Armée de son couteau et de son pistolet, elle se tient prête…

Ce que j’en ai pensé…

  • Ce que j’ai aimé dans ce roman, ce sont ses thèmes forts : l’emprise et la violence. L’auteur nous prouve que ce sont des mécanismes complexes à travers un bourreau et une victime pétris de contradictions :
    – Martin est un homme qui se fait croire à lui-même qu’il est un homme bien, qui ne fait que protéger sa fille d’un monde décadent. Mais ce comportement cache en fait une jalousie maladive. Il est si possessif qu’il met tout en œuvre pour garder sa fille, son « amour absolu », pour lui. Il veut avoir tout pouvoir sur elle, la privant même de son nom, ne l’appelant que « Croquette ». Et il la manipule en alternant violence et tendresse, insultes et mots doux, coups et caresses. Une ambivalence perverse.
    – Turtle est sa captive, subissant ses sautes d’humeurs et ses assauts répétés. Mais elle est aussi sa « complice », souhaitant conserver son amour, malgré les sévices. Qu’est-ce que quelques bleus face à ses élans d’affection ? Après tout, il ne veut que son bien. Nous la voyons se débattre avec sa conscience et sa culpabilité. Sans autre point de comparaison, comment pourrait-elle réaliser que ce qu’elle vit est mal ? Il lui faudra un certain temps pour réagir… Ce qui nous fait ainsi réaliser qu’il est difficile pour les victimes de violence de prendre conscience de leur sort et demander de l’aide.
    Cette relation père/fille est incestueuse, troublante et destructrice… Et nous savons déjà qu’elle se finira mal !
  • J’ai aussi apprécié le style de l’auteur, plutôt délicat compte tenu des atrocités racontées. Certaines scènes sont terribles, il faut avoir le cœur bien accroché pour les lire, mais il y a une certaine pudeur dans l’écriture qui les rend supportables. C’est un bon point.
  • Fan de nature writting, ce livre laisse une belle place à la faune et la flore. Bien plus qu’un décor, la nature est une entité à part entière, tantôt menaçante, tantôt bienveillante, qui rappelle ce que vit Turtle au quotidien. La jeune fille fait fi des araignées, des scorpions et du sumac vénéneux, hostiles et effrayants, préférant se raccrocher à la forêt et à la plage, pleines de ressources, symboles de liberté.
  • Un petit bémol tout de même. ATTENTION SPOILERS. J’aurais aimé un autre cadre, un autre déroulé pour l’affrontement final entre le père et sa fille. J’ai trouvé que la scène ressemblait à un film d’action surréaliste. Pourquoi chez Jacob (qui est absent) et pendant une fête ? Pourquoi seulement des coups de feu et aucun dialogue ? C’est un peu dommage.
    La conclusion est toutefois très poétique, ce parallèle avec le potager : c’est sa propre vie que Turtle essaie de sauver. Cet acharnement à vouloir que ses plantes poussent démontre une profonde envie de vivre. Et j’ai aimé que l’auteur ne joue pas dans la facilité : ce n’est pas une héroïne surhumaine que nous avons-là, c’est une jeune fille traumatisée. La route sera longue pour sa guérison, malgré sa volonté. Une jolie fin pour Turtle, qui est en fait un commencement…

Je vous recommande bien évidement ce roman, d’une puissance incroyable. Je ne suis d’ailleurs pas la première à le dire, ce livre ayant reçu beaucoup d’éloges. Est-ce qu’il vous tente ? Et si vous l’avez-lu, qu’en avez-vous pensé ?

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