La figurante, de Pauline Klein (1/5)

Titre : La figurante
Auteur : Pauline Klein
Éditeur : Flammarion
Date de publication : 8 janvier 2020
Nombre de pages : 208

De quoi ça parle ?

Camille, une jeune femme à la fin de la vingtaine, nous raconte sa vie… Elle revient sur sa jeunesse : son enfance auprès de sa mère, une socialiste de milieu modeste qui s’imagine vivre dans une sphère plus haute qu’elle ne l’est en réalité, ses premiers émois, son orientation professionnelle, l’art.
Mais elle nous fait aussi part du début de sa vie d’adulte : son départ pour New York, où elle travaille dans une galerie et fréquente un banquier de Wall Street, puis son retour à Paris, où elle est embauchée dans une nouvelle galerie et où elle fait la connaissance d’Elias, un homme de bonne famille avec qui elle entretient une relation sérieuse.
Depuis toute petite, Camille ne cesse de s’interroger sur son parcours. A-t-elle choisi cette route, qui la conduit aujourd’hui vers la mairie au bras d’Elias, de son plein gré ? Ou a-t-elle d’autres désirs, comme l’écriture ? Ce livre aborde les choix de la vie adulte et « la survie de l’insouciance ».

Ce que j’en ai pensé…

Habituellement, j’essaie d’être la plus objective possible dans mes chroniques. Je trouve toujours des points positifs et négatifs à chaque livre, pour nuancer mon propos. Mais là, c’est la première fois dans ma vie de lectrice qu’un livre m’agace autant. Pire encore, il m’a mise en colère ! J’en suis la première désolée, car je sais que l’autrice y a mis son cœur, mais je dois être honnête. Je vous explique pourquoi je n’ai pas du tout apprécié ce roman…

Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a deux postulats sous-entendus dans ce livre :
— la vie d’un être humain est entièrement déterminée, la société imposant une voie « légitime » à suivre : aller dans une bonne école, faire des études supérieures, profiter de sa jeunesse en allant à l’étranger, en sortant avec ses amis et en ayant quelques expériences amoureuses, puis se ranger en ayant un bon travail, un conjoint, une belle maison, des enfants. Personne ne peut se soustraire à ce schéma.
— une fois qu’on est adulte et rangé, il n’y a plus de liberté. L’être humain croule désormais sous les responsabilités, est prisonnier d’un mariage, est aliéné par ses enfants. Ces objectifs que la société nous pousse à atteindre provoquent la mort sociale de l’individu, qui doit renoncer à qui il est vraiment.

Autant vous dire que j’étais déjà énervée en découvrant cette vision de la vie… Je la comprends, mais je ne la partage pas du tout.
1) Non, nous ne sommes pas obligés de suivre la « voie légitime » imposée par la société. Aujourd’hui, nous pouvons choisir la carrière que nous voulons, nous tromper et recommencer. Nous pouvons choisir d’être en couple ou non, d’avoir des enfants ou non. Je pense que les mœurs évoluent en France et qu’il y a de plus en plus de gens qui trouvent la force de lutter contre ce déterminisme.
2) Non, la vie ne s’arrête pas quand on s’est engagé dans une carrière, quand on est en couple ou quand on a des enfants. Chaque décision, chaque engagement, n’est pas l’équivalent d’une peine à perpétuité. Il faut arrêter de penser jeunesse = insouciance, vie adulte = renoncement et dépression. Je suis fatiguée que de nombreux médias (films, séries, livres) diffusent cette vision fataliste. Les médias ont une influence sur nos mœurs, alors en transmettant de tels messages, ils participent au fait que de plus en plus de gens ont du mal à grandir et à s’engager, fuyant cette vie « misérable » qui les attend une fois adulte.

Bon, je ravale ma colère et je poursuis ma lecture, après tout, le livre est vendu comme une lutte pour « la survie de l’insouciance ». Très bien ! J’étais curieuse de voir comment l’héroïne allait lutter contre ce déterminisme… Je m’attendais à trouver une Camille forte, prête à affronter ceux qui voudraient lui imposer des choix de vie pour qu’elle entre dans le moule. Nouvelle déception, je suis face à une héroïne vide, qui n’a ni ambition, ni conviction. Pourquoi un tel comportement ? À cause du troisième postulat sous-entendu :
— les esprits éclairés qui prennent conscience que la société leur impose des choix de vie, se sentent obligés de jouer un rôle pour s’y conformer, devant renoncer à leurs désirs et à qui ils sont vraiment. Camille se trouve parmi eux…

« Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles », disait Shakespeare. Et bien cela résume la posture de l’héroïne. Tout au long du livre, elle se complaît dans son observation du monde, se sentant intelligente d’avoir démasqué le système… Bravo ! Et ensuite ? La « lutte » pour l’insouciance n’arrivera jamais, puisque Camille se contente de sur-analyser sa vie, plutôt que de la vivre. Elle la regarde de l’extérieur, comme une figurante, acceptant les emplois, les hommes, les amis qui se présentent, sans aucun entrain. Elle se plie aux rôles qu’on attend d’elle, alors qu’elle n’en a pas envie… Et si une situation ne lui convient plus, elle fuit lâchement. Cette passivité est franchement agaçante ! Mais pour pouvoir se rebeller, il faut du courage (dont l’héroïne est dépourvu) ainsi que de véritables envies et choix de vie à défendre. Mais une fois encore c’est la déception, Camille est une coquille vide. Elle n’est animée par rien d’autre que ses propres ruminations et des pulsions sexuelles, qui deviennent lourdes au fil du livre. Impossible de s’attacher à cette jeune femme, car l’autrice a oublié de lui donner une personnalité et des centres d’intérêt. Si, peut-être l’écriture, et encore, on dirait qu’elle s’y est essayée par hasard.

La lecture de ce livre a donc été pénible. Ce n’est que la complainte d’une milléniale qui se laisse vivre, qui n’a le goût à rien, mais qui se glorifie d’avoir déjoué la grande supercherie de la société. Pour la lutte, on repassera… Bien sûr, cet avis n’engage que moi, je vous conseille de le lire pour vous faire votre propre opinion. Ce qui est sûr c’est qu’il ne laisse indifférent, et je pense qu’il saura trouver des lecteurs à qui il plaira. Si vous l’avez lu, qu’en avez vous pensé ?

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