Dans la lande immobile, de Sarah Moss (4/5)

Titre : Dans la lande immobile
Auteur : Sarah Moss
Éditeur : Actes Sud
Date de publication : 4 mars 2020
Nombre de pages : 144

Pour mes quelques jours de vacances, je cherchais un roman court mais original, distrayant mais instructif… J’ai trouvé mon bonheur avec Dans la lande immobile, une lecture parfaite !

De quoi ça parle ?

Un été, Silvie (17 ans) et ses parents vont passer deux semaines dans le nord de l’Angleterre. Mais ces vacances sont loin d’être ordinaires… La famille rejoint un professeur d’université et trois étudiants pour un stage d’archéologie expérimentale, dont le but est d’apprendre à vivre comme les hommes de l’âge de fer.
C’est Bill, le père, qui a voulu participer à cette expérience. Ce chauffeur de bus, fervent nationaliste et passionné par l’histoire de son pays, a décidé d’emmener sa femme et sa fille dans la lande pendant ses congés pour découvrir le quotidien des premiers Bretons. Et il ne faut pas longtemps à cet homme autoritaire et colérique pour imposer ses idées dans le campement.
Les jours passant, l’ambiance ancestrale, teintée de violence, gagne les hommes du camp. Et bientôt, il est question de simuler un sacrifice humain, en respectant les procédés de l’époque, connus grâce aux corps vieux de plusieurs siècles découverts momifiés dans les tourbières. C’est Silvie qui est désignée par son père pour jouer la victime. L’adolescente, qui ne rêve que de liberté, peut-elle refuser de ce prêter à ce rituel, pouvant à tout moment mal tourner ?

Ce que j’en ai pensé…

  • J’ai aimé que ce roman aborde un sujet dur et percutant : la violence des hommes. D’un côté, nous découvrons la violence de l’homme moderne, à travers le personnage de Bill. En utilisant la violence physique et psychologique, il soumet sa femme et sa fille à sa volonté. Grâce à la peur qu’il leur inspire, il a sur elles une emprise terrible, dont elles ont du mal à s’échapper. Et d’un autre côté, nous constatons la violence de l’homme préhistorique, qui pratiquait des sacrifices humains. Grâce à la découverte des « hommes des tourbières », nous savons que des êtres humains étaient choisis, puis ligotés et plongés vivants dans la tourbe à des fins judiciaires ou spirituelles. J’ai trouvé cette mise en parallèle de l’homme abusif à travers le temps très bien menée ! Et même si c’est le thème de la violence est complexe, il est nécessaire de l’aborder, surtout dans cette période où les femmes et les hommes violentés sont encouragés à sortir de leur silence pour trouver paix et justice.
  • J’ai aimé découvrir, en même temps que les personnages, le mode de vie des hommes de l’âge de fer. Dans ce roman, on en apprend plus sur leur alimentation, leur habitat, leurs vêtements… On constate l’intelligence des premiers hommes, capables d’inventer des objets et des techniques à partir des ressources disponibles. Et on découvre aussi leurs croyances et leurs rites, en particulier les sacrifices. L’autrice a habilement construit son récit autour de ces éléments historiques et c’est ce qui rend cette lecture si enrichissante.
  • Enfin, ce livre offre aussi un éclairage sur certains comportements humains. Par exemple, l’effet de meute : lorsqu’ils sont en groupe, les hommes peuvent entreprendre des actions qui vont à l’encontre de leurs principes. C’est le cas lors de la simulation du sacrifice de Silvie : les hommes perdent leur bons sens ou n’osent rien dire quand ils sont nombreux, quitte à agir de manière irresponsable.
    Autre exemple, la projection sociétale : l’homme a tendance à croire que le modèle dans lequel il vit a toujours existé. Je pense notamment aux rôles de genre : dans le livre, Bill veut que les hommes aillent à la chasse et que les femmes s’occupent de la cueillette et de la cuisine, car il pense que c’est comme cela qu’on vivait à l’époque. Or ce n’est qu’une projection de l’organisation de sa propre société, car les découvertes archéologiques ne vont pas dans ce sens. En mettant en lumière ces mécanismes, ce roman donne à réfléchir et c’est un bon point.

Ce court récit est incisif, mais tellement plaisant à lire. On se trouve immergé dans la lande, avec la nature pour seule description et le comportement des hommes comme pour seule préoccupation. J’ai beaucoup aimé ce roman, je vous le recommande. Il vous tente ? Et si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ?

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