Dans la forêt, de Jean Hegland (4/5)

Titre : Dans la forêt
Auteur : Jean Hegland
Éditeur : Gallmeister
Date de publication : 7 juin 2018
Nombre de pages : 380

Une de mes plus belles découvertes de cette année 2019, choisie pour mon club de lecture : Dans la forêt. Cet ouvrage est publié par Gallmeister, une maison d’édition que j’affectionne particulièrement car elle fait connaître à ses lecteurs la littérature américaine, où aventures et descriptions de grands espaces naturels sont au rendez-vous.

De quoi ça parle ?

Nell et Eva, deux sœurs âgées de 17 et 18 ans, vivent avec leur père dans une maison située au cœur d’une forêt de séquoias. La ville la plus proche, Redwood City (dans le nord de la Californie), se trouve à plusieurs kilomètres en voiture. Malgré leur isolement, la famille mène une vie des plus normales et chacune des filles cultive son propre rêve : Eva s’entraîne sans relâche pour devenir danseuse de ballet tandis que Nell étudie pour intégrer l’université d’Harvard.
Mais, bientôt, les choses changent : l’électricité se coupe de plus en plus souvent, jusqu’à ne plus revenir ; en ville, il n’y a plus de carburant et les magasins n’ont plus rien à vendre ; la technologie, inutilisable, devient un lointain souvenir… C’est un tout autre monde qui se dessine alors, un monde où rien ne compte plus que la survie.
Les deux sœurs vont devoir apprendre à se débrouiller par elles-mêmes, gérer leurs réserves de nourriture, mais aussi s’habituer à l’absence de nouvelles concernant la société… Que se passe-t-il ? Quelqu’un travaille-t-il à rétablir le courant ? Et surtout, doivent-elles continuer à poursuivre leur rêve, malgré la disparition de d’informatique et de la musique ?

Ce que j’en ai pensé…

  • J’ai aimé que ce roman aborde un sujet qui nous trotte tous dans la tête : la pénurie d’énergie et ses conséquences. Aujourd’hui, les combats pour un mode de vie plus sobre et moins énergivore se multiplient, mais les efforts sont encore loin d’être suffisants, si bien que chacun redoute le jour où il n’y aura plus de ressources. Je pense que ce roman, en plus de nous offrir un beau moment de lecture, aide à envisager le monde autrement, à se préparer pour un futur éventuel.
  • J’ai aussi apprécié le point de vue offert par l’auteure, qui diffère de ceux habituellement proposés. Ici, pas de chaos interplanétaire comme dans certaines dystopies aux scénarios catastrophes, mais une vision beaucoup plus intimiste : celle d’une famille qui va utiliser tous les moyens à sa disposition, notamment la forêt, pour survivre. Bien sûr, la situation globale est grave : les humains n’ont plus de quoi répondre facilement à leurs besoins (alimentaires, hygiéniques, médicaux…) et ça a de terribles répercutions (exils, famines, maladies, morts…), mais l’auteure glisse ces éléments en toile de fond. Ce focus sur le quotidien des personnages évite de tomber dans le catastrophisme, tout en permettant aux lecteurs de s’identifier, se projeter et s’interroger sur leur propre conduite : « que ferais-je si ça m’arrivait ? »
  • Si l’auteure a préféré se focaliser sur les personnages c’est aussi dans un souci de le réalisme : comme il n’y a plus de courant, ni de moyen pour parcourir de grandes distances, il est impossible de savoir ce qui se passe en dehors d’un périmètre restreint. Le lecteur n’en sait pas plus que les héroïnes, qui n’ont que les rumeurs propagées par ceux qu’elles croisent comme informations. Ce procédé permet de maintenir l’aspect « hui clos » , tout en laissant les lecteurs imaginer la gravité de la situation, sans que l’ambiance du livre soit trop alarmiste. Je trouve que c’est une bonne chose, mais j’avoue que j’aurais aimé avoir une petite ouverture sur l’extérieur, notamment pour savoir les causes de cette crise énergétique, au niveau politique par exemple, ce qui est totalement occulté.
  • Ce que j’ai beaucoup aimé c’est l’omniprésence de la nature, ainsi que le changement de regard sur la forêt… Au départ, Nell et Eva la voient comme inhospitalière et menaçante, un tas d’arbres qui n’a pas grand chose à offrir. Mais face au manque de tout, les deux sœurs vont se tourner vers elle et se rendre compte qu’elle peut tout leur apporter : de l’eau, de la nourriture, des médicaments, des matériaux. Au fil des pages, les héroïnes découvrent un nouveau visage de la forêt. C’est donc un réveil sur nos modes de vie et de consommation : il y a déjà dans la nature tout ce qu’on aurait besoin, mais on préfère tout fabriquer industriellement, quitte à détruire l’environnement et causer notre propre perte. Si on réapprend à connaître la nature (car ces savoirs se sont perdus), on peut vivre, mais autrement qu’aujourd’hui. Sans excès, sans pollution, sans destruction…
  • Enfin, j’ai aimé voir l’évolution de Nell et Eva. Bien qu’elles s’aiment et qu’elles n’ont personne d’autre sur qui compter, elles vont grandir différemment car chacune à sa manière d’être et d’envisager le monde : l’une est raisonnable et rationnelle, tandis que l’autre est sanguine et émotive. Ces différences de caractère, associées à la promiscuité et à la privation, vont générer quelques conflits… Se pose donc la question de la cohabitation et la coopération avec l’autre. A-t-on réellement besoin d’autrui pour vivre ? Et si oui, comment ne pas penser qu’à soi et à son propre confort ? Comment mutualiser ses forces ? Comment gérer ses émotions ? Les deux sœurs, poussées dans leur retranchement, seront durement éprouvées. Mais face aux difficultés qu’elles devront affronter, l’amour et l’entraide seront toujours plus forts.

J’ai été vraiment charmée par ce roman, envoûtée par la forêt qui a tant à donner, emballée par l’histoire et les personnages. Je vous le recommande vivement ! Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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