La police des fleurs, des arbres et des forêts, de Romain Puértolas (5/5)

Cette fois encore, je me tourne vers un livre de la rentrée littéraire 2019 : La police des fleurs, des arbres et des forêts, de Romain Puértolas, publié chez Albin Michel en octobre. C’est en me baladant en librairie que j’ai repéré ce petit bijou… Une couverture douce et florale, j’étais déjà tentée ! Et le pitch original a fini de me convaincre : un crime à résoudre, dont la clé est une mystérieuse fleur…

De quoi ça parle ?

En juillet 1961, la petite bourgade de P. est frappée par une rude canicule, mais pas seulement… Un « horrible meurtre d’une violence inouïe » est commis. Joël, 16 ans, a été égorgé, découpé en morceau, mis dans huit gros sacs des Galeries Lafayette et déposé dans la cuve de cuisson de l’usine à confiture du village. Les habitants sont sous le choc ! Pourtant, parmi eux, quelqu’un a forcément commis cette atrocité. Mais c’est étrange, car tout le monde aimait Joël…
Le lendemain du crime, un jeune inspecteur de la ville de M. est dépêché sur les lieux. Avec l’aide du garde champêtre local, Jean-Charles Provincio, il part à la recherche du coupable, passant la commune au peigne fin. Mais les différences de procédures entre la ville et la campagne ne vont pas lui faciliter la tâche ! En plus, un violent orage a mis hors service les lignes téléphoniques et le village est encore plus isolé que d’habitude. Son flair et son dictaphone (un outil novateur pour l’époque) lui seront bien utiles.
Bientôt, il découvre que la clé du mystère réside dans une fleur rouge à pointe jaune : des Gaillardia clemens. Qui peut-bien les cultiver ?

Ce que j’en ai pensé…

  • J’ai beaucoup aimé la forme du récit, un roman épistolaire. Nous assistons à une correspondance entre l’inspecteur et la procureur de la République, qui l’a chargé de l’enquête. Loin d’être des comptes-rendus purement professionnels, le jeune policier raconte le déroulé de ses journées tout en ajoutant des commentaires personnels… On pourrait se demander si un inspecteur s’adresse réellement à sa supérieure de cette façon, mais c’est de la fiction donc on se prend au jeu. Et cela permet d’apporter une touche d’humour et de mieux connaître le personnage principal. Ce n’est pas souvent que l’échange de lettres est utilisé dans les romans policiers (en tout cas, j’en ai rarement croisé) et c’est agréable à lire, d’autant plus que ce n’est pas gratuit : l’auteur a pris soin de proposer un contexte (l’orage et la coupure des lignes téléphoniques) pour expliquer que l’écriture soit le seul moyen possible pour rendre compte de l’avancé de l’affaire.
  • J’ai trouvé que l’enquête était bien menée. Il n’y a pas de temps morts, juste ce qu’il faut d’informations et d’actions pour que le rythme soit soutenu. Chaque rencontre avec un suspect potentiel, chaque visite dans le village sert l’histoire. Au fil des pages, le lecteur découvre des indices, fait des suppositions sur le coupable, essaie d’anticiper le dénouement… On ne s’ennuie pas une minute. Et on éprouve toute une palette d’émotions : il y a un enchaînement de scènes parfois terribles, parfois touchantes et parfois même franchement cocasses. Mais bien qu’on sourit à certaines situations, il y a toujours une certaine tension, qui vient du hui clos : les actions se déroulant au sein même du village, sur quelques jours seulement, on ressent ainsi le même sentiment d’isolement que l’inspecteur. Je pense que c’est un bon équilibre pour un roman policier.
  • J’ai aimé que ce ne soit pas une enquête « complexe » : la découverte du tueur ne nécessite pas l’intervention d’experts en criminologie ou en psychanalyse, ici c’est plutôt du ressort de l’humain. C’est en découvrant l’histoire des habitants, leurs amitiés et leurs rivalités, que le coupable est démasqué. Mais si l’affaire est simple, ce n’est pas pour autant qu’elle est simpliste. Le lecteur est baladé d’hypothèse en hypothèses, jusqu’à la fin…
  • Concernant le dénouement de l’enquête : tout est clair et précis, il n’y a pas de mystères laissés en suspens et c’est un bon point. Je trouve qu’il n’y a rien de pire qu’un livre qui ne donne pas toutes les réponses aux questions qu’il a semé ou un livre dont on n’est pas sur d’avoir bien compris la fin (à part si c’est une volonté de l’auteur de laisser une libre interprétation), mais ce n’est pas le cas ici. Si le cas est résolu, il est aussi censé : on n’est pas déçu de la fin, on ne se dit pas qu’un autre coupable aurait été mieux ou que ses motivations sont injustifiées. Tout tombe sous le sens.
  • Enfin, une fois que l’affaire est élucidée, l’auteur nous réserve une surprise de taille ! Je ne veux rien dévoiler ici, je vous laisse découvrir de quoi il s’agit par vous-même, mais je dois avouer que je ne m’y attendais pas. Quelle chute ! Tout ce que je peux dire c’est que, finalement, des indices sont disséminés tout au long du livre, mais c’est si subtile que ça passe sous le nez du lecteur… Et là est le talent de l’auteur ! Il joue beaucoup sur les différences de procédures policières et le « gap » culturel qui existent entre la grande ville et la campagne… D’ailleurs le titre du livre est parfait, il rend bien compte de cette idée, comme s’il y avait une police urbaine qualifiée et une « police des fleurs, des arbres et des forêts » en milieu rural.

Je recommande vraiment ce livre, on passe un bon moment. Je n’ai pas lu d’autres ouvrages de cet auteur mais j’ai été si agréablement surprise par le rebondissement final, que ça me donne envie de découvrir ce qu’il a écrit d’autre. Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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