Mon année de repos et de détente, d’Ottessa Moshfegh (3/5)

Titre : Mon année de repos et de détente
Auteur : Ottessa Moshfegh
Éditeur : Fayard
Date de publication : 21 août 2019
Nombre de pages : 304

De quoi ça parle ?

Notre héroïne, dont on ignore le nom, a 26 ans, est grande, mince, blonde, riche, et vit dans l’Upper East Side à Manhattan. Après des études d’histoire de l’art et un premier emploi dans une galerie, elle réalise que sa vie ne lui convient pas. Elle est angoissée et ne trouve pas de sens à son existence, alors elle met au point un plan : dormir. Elle pense qu’après avoir dormi pendant un an, elle se réveillera régénérée et sera devenue une nouvelle personne, prête à être heureuse. Et elle peut se le permettre car elle a hérité de l’argent de ses défunts parents.
Pour y arriver, elle reste cloîtrer dans son appartement, assommée par le cocktail de médicaments qu’elle ingère. Mais d’où proviennent toutes ces pilules ? D’une psychiatre loufoque qu’elle rencontre une fois par mois et à qui elle ment sans scrupules pour avoir des cachets toujours plus forts.
Durant sa période d’hibernation, seule son amie Reva vient lui rendre visite. C’est alors l’occasion de reprendre contact avec la réalité, car son quotidien n’est rythmé que par le sommeil, entrecoupé par le visionnage de films (surtout ceux de Whoopi Goldberg, son idole) et des sorties à la Bodega au coin de la rue pour prendre un café.
Un plan rondement mené, n’est-ce pas ? Mais bientôt, les cachets lui donnent des trous noirs et pendant ces absences, notre héroïne commence à mener une vie parallèle… Jusqu’à quand pourra-t-elle supporter cette léthargie imposée ?

Ce que j’en ai pensé…

  • Au début du livre, je dois avouer que j’étais septique car l’auteure nous signale que son héroïne a tout de la « femme idéale » : jeune, blanche, magnifique, éduquée… Cela m’a un peu agacée car avec la diversité des femmes présentes dans le monde, je trouve un peu dépassé le fait de parler de femme idéale. Peut-être serait-il temps d’arrêter de complexer le commun des mortels et commencer à valoriser des caractéristiques plus réalistes ? Bref, j’ai continué ma lecture, malgré le fait qu’on nous dresse le portrait d’une femme à laquelle il est difficile de s’identifier : si belle que même débraillée les hommes se retournent sur son passage, si aisée qu’elle peut acheter des vêtements de grandes marques sans avoir besoin de travailler… On en vient à penser : « oh pauvre petite fille riche à qui tout réussit mais qui pense qu’elle a des problèmes existentiels ».
  • Mais cette impression part très vite, heureusement. Au fil des pages, on découvre son histoire et on constate qu’elle est en réelle souffrance… En plus d’être la parfaite incarnation de la génération Y (génération désœuvrée, qui ne trouve pas sa place dans une société n’offrant plus de stabilité), notre héroïne a eu son lot de drames : l’indifférence de son père, le désamour de sa mère, les humiliations répétées d’un ancien amant… On se rend compte que l’auteure nous a joué un tour, elle nous a fait croire qu’il s’agissait d’une privilégiée en pleine crise d’adolescence tardive, alors que nous avons à faire à un problème de détestation de soi. C’est un thème très intéressant, qui donne plus de corps au récit.
  • J’ai aimé que l’auteure prenne le temps de détaillé le quotidien d’ermite de notre héroïne, tout en le ponctuant de souvenirs, ce qui permet de comprendre ce qu’elle a vécu et pourquoi elle agit ainsi. Cela prend environ les 3/4 du livre et c’est appréciable car on peut vraiment se plonger dans la psychologie du personnage. Il n’y a pas vraiment d’action, pas de péripéties haletantes, c’est plutôt l’histoire d’un grand vide, celui qui se trouve au fond du cœur de l’héroïne, mais je n’ai pas trouvé cela dérangeant.
  • Cette lente descente aux enfers, le lecteur est le seul à la constater, car la jeune femme, elle, ne semble pas faire le lien entre son mal-être et son passé difficile. Elle est dans le déni le plus total, d’où le fait qu’elle ne cherche pas d’aide. Elle ne consulte sa psychiatre que pour obtenir plus de médicaments. La psychiatre n’est d’ailleurs pas à prendre au sérieux. Elle est si perchée qu’elle ne se rend pas compte de la détresse de notre héroïne, qui refoule ses traumatismes et ne ressent plus aucune émotion, quitte à devenir odieuse…
  • La jeune femme est en effet dépourvu de sensibilité, ce qui rend ses échanges avec son amie assez étranges. Lors des visites de Reva, celle-ci lui raconte ses soucis, mais notre héroïne ne l’écoute pas. Elle la voit un peu comme un parasite troublant sa quiétude. Reva, elle, jalouse son amie et envie sa beauté et sa richesse. Elle voit comme un but à atteindre (on en revient à cette fameuse idée de « femme idéale »). Pourtant, les deux femmes semblent s’aimer, chacune à sa manière. Elles trouvent en l’autre ce dont elles ont besoin. Cela montre la complexité des relations et cela met en lumière une facette plus sombre de l’amitié.
  • Si j’ai beaucoup aimé l’espace consacré à la chute de notre héroïne, j’aurais aimé qu’il y ait ce même espace dédié à sa remontée, car en tant que lecteur qui finit tout de même par s’attacher à la jeune femme, on a envie qu’elle s’en sorte. Mais quand on nous décrit les profonds traumas qu’elle a vécu, on se dit qu’une simple année de sommeil ne suffira pas à la guérir et on espère un rebondissement, une prise de conscience… Je ne vous dévoilerai pas la fin du livre, mais j’avoue avoir été un peu déçue. Cela me semble trop rapide, irréaliste.

Même si je trouve des points négatifs à ce livre, il dégage une ambiance particulière qui vous happe malgré tout. La preuve, je l’ai dévoré en quelques jours. On assiste à des scènes parfois drôles, parfois tristes, et parfois même franchement vulgaires (est-ce un effet de zèle du traducteur ?). On y trouve des références à l’actualité, à la pop culture, ancrant ainsi le récit dans la réalité. Tout ceci forme, dans l’ensemble, un roman agréable à lire. Et vous qu’en avez-vous pensé ?

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