La tresse, de Laetitia Colombani (4/5)

La tresse est le premier livre que j’ai proposé à mon club de lecture. La couverture jaune captait le regard, le résumé avait l’air intéressant et je me suis dit qu’un ouvrage qui faisait partie des meilleures ventes en poche ne pourrait qu’attirer plus de membres. Pas manqué, nous étions plusieurs à nous réunir pour en discuter !

De quoi ça parle ?

Sur trois continents différents, vivent trois femmes dont le quotidien et les aspirations diffèrent du tout au tout…
Il y a d’abord Smita, une indienne qui habite dans un petit village et qui appartient à la caste des Intouchables. Elle va tout faire pour que sa fille puisse aller à l’école et échapper au même destin qu’elle : être scavenger, c’est-à-dire une « ramasseuse de merde ». Rébellion, prière au dieu Vishnou et fuite à l’autre bout du pays pour faire une offrande dans le temple de Tirupati, voilà ce qui attend la jeune femme.
Puis il y a Guilia, une jeune sicilienne de 20 ans. Elle aurait pu faire des études et quitter Palerme mais elle a préféré travailler aux côtés de son père, qui dirige un atelier de fabrication de perruques, une véritable tradition locale. Sa rencontre avec un sikh va lui faire découvrir l’amour, mais aussi lui apporter la solution à un problème familial.
Enfin, il y a Sarah, une brillante avocate canadienne qui n’existe que pour son cabinet, quitte à délaisser ses enfants et mettre en péril sa santé. Quand elle apprend qu’elle a un cancer, ses priorités vont devoir être ajustées.
Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, elles vont être liées… Je ne vous en dis pas plus !

Ce que j’en ai pensé…

  • J’ai aimé la mise en parallèle de trois différentes sociétés. Cela permet de prendre du recul et se rappeler qu’ailleurs dans le monde, il existe d’autres modes de vie et de pensées que les nôtres. On en apprend ainsi plus sur l’Inde, où la religion et le système des castes régissent la vie des habitants ; sur la Sicile, où les traditions et la famille sont des valeurs primordiales ; et sur le Canada, représentant le monde occidental dans toute sa splendeur, où le travail et les performances écrasent les individus. L’auteure nous présente ces pays de manière plutôt réaliste, en mettant en lumière leurs spécificités et en pointant parfois du doigt leurs limites.
  • J’ai aussi apprécié les personnalités des héroïnes. Sans être caricaturales, elles ont chacune leur caractère. La première est une mère protectrice, la deuxième est une jeune lectrice plutôt rêveuse et la troisième est une femme d’affaires accomplie. Mais cette diversité des profils n’empêche pas le lecteur de pouvoir s’identifier à chacune d’elles, bien au contraire : qui ne s’est jamais battu pour défendre une cause à laquelle il croit comme Smita ? Qui n’a jamais eu le cœur qui bat pour quelqu’un dont on sait qu’il est très différent de nous comme Giulia ? Qui ne s’est jamais impliqué dans un projet plus que de raison comme Sarah ?
  • Les trois héroïnes ont beau avoir des personnalités bien distinctes, elles ont toutefois un point commun : ce sont des femmes fortes et combatives. Ce livre, sans en faire trop, a un goût de féminisme car elles vont lutter contre les inégalités et violences faites aux femmes, qui se traduisent de diverses manières à travers le monde. En Inde, les femmes sont durement mises à l’écart quand elles ne respectent pas les règles établies, elles peuvent même être battues et violées en guise de représailles. En Sicile, même si les femmes peuvent se montrer séduisantes, c’est à l’homme de les courtiser, le machisme ambiant les contraignant à une certaine passivité ; au Canada, pour réussir dans leur carrière, elles doivent en faire plus que les hommes et faire oublier leur féminité, jusqu’à cacher leurs grossesses. Smita, Giulia et Sarah, confrontées à ces situations, vont tenter de les affronter.
  • Malheureusement, j’ai trouvé que la réussite des héroïnes dans leur entreprise était un peu trop facile. Pas parce que je pense qu’une femme doit nécessairement rencontrer un tas d’obstacles pour atteindre ses objectifs, mais tout simplement parce que l’ouvrage est trop court… En 230 pages, il est difficile de faire vivre aux personnages des péripéties qui les marqueront et les feront grandir. Ou alors cela paraît trop rapide, comme c’est le cas dans ce livre. J’aurais aimé un peu plus de corps au texte, et je pense qu’il y avait de la matière pour étoffer l’histoire.
  • J’ai aimé découvrir l’Inde, que je connaissais peu finalement. Je savais qu’un système de castes était en place, mais j’étais loin d’imaginer la situation si difficile dans laquelle se trouvent les Intouchables (les Dalits). Jugés impurs et indignes de faire partie de la société, pour la simple raison qu’ils sont nés de parents eux-mêmes Intouchables, ils n’ont d’autre choix que d’accepter leur sort (leur darma) et mener une existence misérable : vivre pauvrement, récupérer les restes des autres castes, exercer des métiers ingrats (les pires étant chasseur de rats ou « ramasseur de merde » car il y a peu de toilettes en Inde, les gens se soulagent dans la rue ou dans des fosses)… J’avoue que c’est assez dur de penser qu’il s’agit de la réalité de milliers de personnes, à l’époque des droits de l’homme.
  • Enfin, un mot sur l’architecture du livre. Les histoires des trois femmes s’enchaînent généralement dans le même ordre : un chapitre pour Smita, un pour Giulia, un pour Sarah et ça recommence. On constate donc qu’en plus du titre La tresse, le récit forme lui-même une tresse. Pourquoi pas, l’idée est sympa. Mais ensuite, quand au sein même de l’histoire il est question d’une tresse, on peut penser que ça fait beaucoup. Le léger clin d’œil du départ peut devenir un peu lourd, comme si le récit n’avait pas d’autre ambition que de s’articuler autour de ce simple symbole.

Globalement, la lecture de ce roman est agréable. Il y a quelques facilités mais elles sont compensées par les détails culturels qu’on apprend et les aventures que vivent les personnages principaux. Et ce qui fait le plus chaud au cœur, c’est de voir comment nos vies peuvent être liées à celles des autres, même à l’autre bout du monde. Une histoire « capillaire » mais pas « capillotractée ».

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